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Limited irlandaise et domicile en France : où votre société est-elle fiscalement chez elle ?

L’Irlande regarde le lieu de constitution, la convention fiscale le lieu où la société est réellement dirigée et contrôlée. Quand les deux divergent, c’est ce second critère qui l’emporte.

Une jeune femme aux boucles sombres, en robe d’été blanche à motifs de fleurs bleues, assise sur des galets près de dalles de pierre, regarde par-dessus son épaule et sourit à l’objectif.

La question a l’air d’une formalité et décide pourtant de tout : si vous vivez en France et que votre société est une Limited irlandaise, dans quel pays cette société est-elle fiscalement chez elle ? La réponse courte : l’Irlande regarde le lieu de constitution, la convention franco-irlandaise le lieu où la société est dirigée et contrôlée. Quand les deux divergent, la convention donne la société à l’État de la direction. Qui décide de sa Limited irlandaise à la table de sa cuisine à Bordeaux ou à Rennes a donc, presque toujours, une société fiscalement française.

Deux pays, deux règles pour la même société

L’Irlande s’attache à la constitution. Depuis le Finance Act 2014, la section 23A du Taxes Consolidation Act 1997 dispose qu’une société constituée en Irlande est résidente d’Irlande pour l’impôt irlandais. Cela vaut pour toutes les sociétés constituées depuis le 1er janvier 2015 et, depuis la fin d’une période transitoire le 31 décembre 2020, pour les plus anciennes aussi. L’administration fiscale irlandaise, Revenue, le décrit sur sa page consacrée aux règles de résidence des sociétés, publiée en dernier lieu le 16 octobre 2026.

La phrase a toutefois une suite, et c’est elle qui compte. Le paragraphe 2 de la même disposition précise : si une société irlandaise est considérée, en vertu d’une convention fiscale, comme résidente d’un autre État, elle est regardée comme non résidente d’Irlande pour l’impôt irlandais. La règle de constitution est donc subordonnée à la convention.

La France s’attache à la direction. L’impôt sur les sociétés français frappe, selon l’article 209, I du code général des impôts, les bénéfices des entreprises exploitées en France et ceux dont l’imposition est attribuée à la France par une convention fiscale. Pour une société étrangère, la question devient donc : à quel État la convention l’attribue-t-elle ? La convention de 1968 répond par un fait, et non par un registre : l’endroit où la société est dirigée et contrôlée.

À côté se trouve votre propre imposition. Qui a son domicile fiscal en France au sens de l’article 4 B est imposable en France sur l’ensemble de ses revenus (article 4 A). Pour tout ce que la Limited vous distribue ou vous verse, la France est donc de toute façon à la table, où que la société elle-même soit résidente.

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Ce que diriger et contrôler veut dire au quotidien

La convention parle d’une société dirigée et contrôlée, la jurisprudence irlandaise de central management and control. Les deux visent la même chose : le niveau où se prennent les grandes décisions. L’administration française précise dans sa doctrine sur la convention que le contrôle ne désigne pas la simple détention de la majorité du capital, mais la surveillance : l’action des dirigeants et des organes d’administration et de surveillance. Revenue énumère dans son manuel sur la résidence des sociétés (dernière révision en mai 2026) ce qu’il regarde : où se décide la politique de l’entreprise, où vit la majorité des directors, où se négocient les grands contrats, où se réunit le conseil et où se trouve le siège principal. Ce qui compte expressément, c’est le plus haut niveau de contrôle : la stratégie, les grands investissements, les contrats importants, l’achat et la vente de branches d’activité, et non l’exécution quotidienne des commandes.

Pour une Limited typique à associé unique, cela signifie : la direction se trouve là où vous êtes quand vous décidez. Vous acceptez la mission, vous fixez les prix, vous embauchez, vous signez le grand contrat. Si vous vivez en France et faites cela depuis la France, la société est dirigée et contrôlée en France, même si son adresse est à Dublin et que le courrier y arrive.

Un point crée régulièrement des confusions. Le droit irlandais des sociétés exige, selon la section 137 du Companies Act 2014, au moins un director résidant dans un État de l’Espace économique européen, ou à défaut une garantie de 25 000 euros. La France fait partie de l’EEE, donc un director résidant en France remplit cette condition. Le droit des sociétés est satisfait, le droit fiscal pose une autre question : non pas où le director est déclaré, mais où les décisions sont réellement prises. Revenue souligne, en renvoyant à l’arrêt Bullock v Unit Construction, que cela s’apprécie au cas par cas, selon les faits. Un director en Irlande qui signe ce qui a été décidé en France ne déplace donc pas, en règle générale, la direction.

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Quand les deux pays revendiquent la société : la convention

À ce stade, la même société a deux rattachements : l’Irlande par la constitution, la France par la direction. La convention entre la France et l’Irlande du 21 mars 1968 règle ce conflit à son article 2, paragraphe 8, en une phrase pour chaque État : une société est résidente d’Irlande lorsqu’elle est dirigée et contrôlée en Irlande, résidente de France lorsqu’elle est dirigée et contrôlée en France. La même disposition réserve l’impôt irlandais sur les sociétés constituées en Irlande, mais seulement pour celles qui ne sont pas dirigées et contrôlées en France.

La règle n’a pas bougé depuis 1968. La convention multilatérale signée le 7 juin 2017, en vigueur depuis le 1er janvier 2019 pour la France et le 1er mai 2019 pour l’Irlande, a modifié la convention à plusieurs endroits, notamment par une clause anti-abus générale, mais elle a laissé l’article 2 intact ; les textes consolidés publiés par impots.gouv.fr et par Revenue le montrent tous deux. La chaîne est ainsi fermée : la convention donne la société à la France, et la section 23A(2) du TCA 1997 en tire la conséquence pour l’Irlande. Pour l’impôt irlandais, votre Limited n’est alors pas résidente ; pour l’impôt français, elle l’est pleinement.

À quel État la convention attribue par ailleurs les différents revenus, des dividendes aux retraites, est exposé dans son ensemble sur la page La convention fiscale franco-irlandaise.

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Limited irlandaise dirigée depuis la France : quels impôts suivent

Les 12,5 % qui ont fait la réputation des sociétés irlandaises s’appliquent, selon la présentation de Revenue sur l’assiette, aux revenus commerciaux. Du point de vue irlandais déjà, ils supposent que la société soit réellement dirigée depuis l’Irlande : dirigée depuis l’étranger, elle voit ses bénéfices imposés à 25 % au lieu de 12,5 %, comme l’explique la page sur l’impôt irlandais sur les sociétés et les 12,5 %. Avec domicile et direction en France s’ajoute la convention, qui donne la société à la France. Le droit français devient alors la mesure.

Une entreprise d’un État n’est imposable dans l’autre, selon l’article 4 de la convention, que par un établissement stable qui y est situé. Une Limited résidente de France est donc imposable en France sur ses bénéfices, et non sur une simple quote-part française, l’Irlande ne gardant de droit que sur ce qu’un établissement stable irlandais produirait. Le taux normal de l’impôt sur les sociétés est de 25 % ; les PME qui remplissent les conditions de l’article 219 bénéficient de 15 % jusqu’à 42 500 € de bénéfice. La convention cite d’ailleurs « un siège de direction » comme tout premier exemple d’établissement stable (article 2, paragraphe 9). Votre bureau à la maison peut ainsi devenir le siège de direction d’une société irlandaise.

Sur le plan du droit des sociétés, la Limited reste une société irlandaise, avec une adresse irlandaise, des obligations au registre irlandais et des comptes annuels selon le droit irlandais. Vous avez donc les obligations d’une société irlandaise et les impôts d’une société française : deux comptabilités, deux administrations et deux calendriers d’échéances. Qui laisse une Limited existante glisser plus tard d’Irlande vers une résidence française doit en outre savoir ce que Revenue écrit sur la fin de la résidence : lorsqu’une société cesse d’être fiscalement résidente d’Irlande, ses actifs sont réputés cédés à leur valeur de marché, et l’impôt frappe la plus-value, sous réserve des exceptions que Revenue y cite.

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La société est vraiment dirigée en Irlande, vous vivez en France

Le cas inverse est plus rare, mais il existe : la société a une vraie direction en Irlande, avec des directors qui y vivent et décident eux-mêmes, et vous êtes associé avec domicile en France. La Limited est alors résidente d’Irlande selon la section 23A du TCA 1997, et la convention le confirme, puisqu’elle est dirigée et contrôlée en Irlande. La société paie son impôt sur les sociétés en Irlande, et il vous reste, à titre personnel, trois sujets français.

Premièrement, les distributions. Comme résident de France, vous déclarez en France les dividendes de la Limited ; ils relèvent du prélèvement forfaitaire de 12,8 % de l’article 200 A, prélèvements sociaux en sus, sauf option pour le barème. Côté irlandais, l’administration française écrit dans sa doctrine sur la convention que l’Irlande ne taxe plus depuis 1976 les dividendes de source irlandaise versés à des résidents de France ; le crédit d’impôt que prévoit l’article 21 est donc, selon elle, sans objet.

Deuxièmement, la règle des entités étrangères. L’article 123 bis du code général des impôts vise la personne domiciliée en France qui détient au moins 10 % d’une entité établie hors de France et soumise à un régime fiscal privilégié. Est privilégié, selon l’article 238 A, un impôt inférieur d’au moins 40 % à l’impôt français de droit commun. Un taux de 12,5 % face à 25 % remplit ce critère. Mais l’article ne joue que si l’actif de l’entité est principalement constitué de valeurs mobilières, de créances, de dépôts ou de comptes courants : il vise la société qui thésaurise, non celle qui travaille. Et il s’efface lorsque la détention ne peut être regardée comme un montage artificiel. Une Limited qui accumule sa trésorerie au lieu de la distribuer doit donc regarder cette règle de près.

Troisièmement, vos jetons et tantièmes de director. L’article 15 de la convention permet à l’Irlande d’imposer les rémunérations des membres du conseil d’une société résidente d’Irlande ; la France les exonère alors selon l’article 21, en les retenant pour le taux. La particularité irlandaise selon laquelle le director d’une société irlandaise occupe une fonction publique est expliquée sur la page consacrée à la société irlandaise, dans la section sur le director.

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La solution claire : résidence et direction au même endroit

De tout cela découle une règle simple. Une Limited irlandaise est fiscalement une société irlandaise lorsqu’elle est dirigée en Irlande, et c’est le plus sûr quand vous vivez vous-même en Irlande et la dirigez depuis là-bas. Votre domicile, votre enregistrement fiscal et la direction se trouvent alors au même endroit, et la question qu’un vérificateur français poserait trouve sa réponse dans les faits.

Sur le chemin, l’ordre compte. Qui crée la Limited tant qu’il vit encore en France et la dirige depuis la France jusqu’au déménagement a pour cette période une société dirigée depuis la France. Qui détient des titres et quitte la France doit en outre connaître l’exit tax de l’article 167 bis. Et qui garde pendant la transition un logement dans les deux pays trouve les règles sur la page garder son logement en France.

Comment se déroule concrètement la création, quelles formes sont possibles et ce que comprend le forfait, c’est ce que montre la présentation de nos forfaits de société irlandaise. La société opérationnelle elle-même, avec adresse à Dublin et Company Secretary, se trouve à la page Limited irlandaise. Le cadre fiscal irlandais, de l’impôt sur le revenu au statut non-dom, est réuni dans la rubrique Fiscalité.

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Questions fréquentes

Puis-je, en tant que Français domicilié en France, avoir une Limited irlandaise ? Oui. Le droit irlandais des sociétés exige un director résidant dans l’EEE, et la France en fait partie. Que la société paie ensuite ses impôts en Irlande ou en France dépend de l’endroit où elle est réellement dirigée et contrôlée.

Une Ltd irlandaise doit-elle payer des impôts en France ? Si elle est dirigée depuis la France, oui : la convention la rend résidente de France, et l’impôt sur les sociétés français frappe ses bénéfices. Si elle est dirigée en Irlande, elle paie son impôt sur les sociétés en Irlande, et la France intervient sur les distributions et, aux conditions de l’article 123 bis, sur une société qui détient surtout des actifs financiers.

Une adresse à Dublin suffit-elle ? Pour le registre, oui ; pour l’impôt, elle compte comme un indice parmi d’autres. Revenue demande où se prennent les décisions, où vit la majorité des directors et où se tiennent les conseils, et l’adresse seule ne répond à aucune de ces questions.

Que change le déménagement en Irlande ? Avec le déménagement, la direction vous suit. Si vous dirigez désormais la Limited depuis l’Irlande, elle y est résidente, et la règle de constitution et celle de la direction désignent le même pays.

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Une Limited irlandaise que vous dirigez depuis l’Irlande

Votre Limited irlandaise, créée à Dublin, avec Registered Office, Company Secretary et suivi courant. Prix forfaitaire de 4 420 € pour la création et la première année.

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