Pour les successions et les donations, le déménagement peut coûter très cher.
Ici, la France et l’Irlande s’emboîtent sans qu’aucune convention ne partage proprement les droits d’imposer. Pour les familles dont le patrimoine compte, le sujet se règle avant le départ.
Le côté irlandais en trois phrases
L’Irlande prélève un impôt unique sur les successions et les donations, la Capital Acquisitions Tax. Son taux est de 33 % sur tout ce qui dépasse le seuil du groupe de parenté concerné.
Comme en France, c’est le bénéficiaire qui paie ; mais les seuils irlandais valent pour toute une vie, et non transmission par transmission. Pour une famille qui s’installe, une règle compte avant tout : qui n’est pas domicilié en Irlande n’est saisi par cet impôt qu’après 5 années consécutives de résidence en Irlande. À partir de la 6e année, le patrimoine mondial entre dans le champ irlandais.
Le côté irlandais complet, avec les seuils et l’horloge, figure sur la page Le piège des 33 %. Cette page-ci répond à l’autre moitié de la question : que fait la France ?
| Groupe | Lien | Seuil |
|---|---|---|
| A | des parents à un enfant | 420 000 € |
| B | frères et sœurs, neveux et nièces, petits-enfants, grands-parents | 44 000 € |
| C | tous les autres | 22 000 € |
Les seuils valent pour toute une vie et pour toutes les acquisitions reçues à l’intérieur du groupe. Taux sur la part qui dépasse : 33 %.
Source : Texte de loi sur irishstatutebook.ie ; Revenue sur les seuils et sur l’imputation en cas de double imposition. Mise à jour : vérifié le 14 octobre 2026 ; seuils selon la Financial Resolution No. 2 du 6 octobre 2026 pour les acquisitions à partir du 7 octobre 2026.
Il n’existe aucune convention
Voici le point qui distingue cette page de toutes les autres questions fiscales : la France et l’Irlande n’ont aucune convention en matière de successions et de donations. La liste officielle des conventions conclues par la France ne mentionne pour l’Irlande que la convention de 1968 sur l’impôt sur le revenu. Du côté irlandais, l’administration l’écrit elle-même : l’Irlande n’a de conventions sur les successions et les donations qu’avec le Royaume-Uni et les États-Unis.
Là où il n’y a pas de convention, il n’y a ni répartition du droit d’imposer ni exonération. Il ne reste que l’imputation unilatérale : en France, l’article 784 A du code général des impôts, qui permet d’imputer les droits payés hors de France, mais seulement sur la part des droits français afférente aux biens situés hors de France ; en Irlande, l’article 107 du CATCA 2003. Les deux supposent des impôts comparables sur le même patrimoine, et aucun des deux ne garantit un allègement complet.
La France : les trois cas de l’article 750 ter
La France ne regarde pas la nationalité, mais le domicile fiscal de l’article 4 B, et elle le regarde des deux côtés de la transmission. L’article 750 ter distingue trois cas.
Premier cas : celui qui donne ou dont on hérite a son domicile fiscal en France. Tous ses biens, situés en France ou hors de France, sont alors soumis aux droits français. Deuxième cas : il n’est pas domicilié en France. Seuls ses biens situés en France restent taxables en France, qu’ils soient détenus directement ou indirectement. Troisième cas, celui qui surprend les familles : l’héritier ou le donataire domicilié en France. Les biens qu’il reçoit de l’étranger entrent dans les droits français, à condition qu’il ait eu son domicile fiscal en France pendant au moins 6 années au cours des 10 dernières années.
| Situation | Biens soumis aux droits français |
|---|---|
| Donateur ou défunt domicilié en France | tous les biens, en France et hors de France |
| Donateur ou défunt domicilié hors de France | les biens situés en France |
| En plus : bénéficiaire domicilié en France au moins six des dix dernières années | aussi les biens situés hors de France qu’il reçoit |
Source : Articles 750 ter et 784 A du CGI, Légifrance ; service-public.gouv.fr, fiches F14203 (vérifiée le 13 mai 2026) et F14198 (vérifiée le 9 février 2026) ; BOFiP BOI-ANNX-000306, liste des conventions fiscales (version du 29 avril 2026) ; Revenue, Tax and Duty Manual Part 34-00-01, section 6.3. Mise à jour : consultés le 6 novembre 2026.
Pour une famille qui s’installe en Irlande, il en découle une règle simple à énoncer : tant que les parents restent domiciliés en France, la France taxe tout ; une fois leur domicile réellement transféré, elle garde ce qui est situé en France, en premier lieu les biens immobiliers. Le barème français en ligne directe monte jusqu’à 45 %.
Deux horloges, et les enfants restés en France
À côté de la règle irlandaise des cinq ans, la France n’a pas de délai de sortie pour celui qui transmet : elle suit son domicile au jour de la transmission. Son horloge à elle tourne du côté des bénéficiaires.
| Année de résidence en Irlande | France | Irlande |
|---|---|---|
| 1 à 5 | biens situés en France | biens situés en Irlande |
| à partir de 6 | biens situés en France | patrimoine mondial |
Le tableau suppose que les parents ne sont plus domiciliés en France au sens de l’article 4 B et qu’aucun bénéficiaire ne l’est. Un bien immobilier français reste dans les droits français à tout moment ; à partir de la sixième année, il peut l’être des deux côtés, avec la seule imputation pour corriger. Les deux horloges se recalculent au cas par cas.
Source : Articles 750 ter et 784 A du CGI, Légifrance ; service-public.gouv.fr, fiches F14203 (vérifiée le 13 mai 2026) et F14198 (vérifiée le 9 février 2026) ; BOFiP BOI-ANNX-000306, liste des conventions fiscales (version du 29 avril 2026) ; Revenue, Tax and Duty Manual Part 34-00-01, section 6.3. Mise à jour : consultés le 6 novembre 2026.
Le cas que le tableau ne montre pas est le plus fréquent : un enfant reste en France, pour ses études, son travail ou sa propre famille. Domicilié en France depuis au moins six des dix dernières années, il fait entrer dans les droits français tout ce qu’il reçoit de ses parents installés en Irlande, où que se trouvent les biens. Le départ des parents ne change rien pour sa part.
Et une particularité irlandaise que les familles françaises négligent souvent : l’impôt irlandais se rattache aussi au bénéficiaire. Si un enfant parti en Irlande avec la famille et devenu résident là-bas hérite d’une grand-mère qui n’y a jamais vécu, l’Irlande peut malgré tout taxer. Regarder seulement le défunt ne suffit pas.
Quinze ans contre une vie entière
Les seuils irlandais ne ressemblent qu’au premier regard aux abattements français. Des parents à un enfant, le groupe A irlandais atteint 420 000 €, bien plus que l’abattement français de 100 000 € par parent et par enfant, en donation comme en succession. Pour les petits-enfants, l’Irlande offre 44 000 € dans le groupe B, quand la France accorde 31 865 € par grand-parent pour une donation, mais seulement 1 594 € dans une succession lorsque le parent de l’enfant est en vie.
La vraie différence est dans le temps. L’abattement français se reconstitue : les donations consenties depuis plus de 15 ans ne sont plus rappelées, et une famille peut donner au rythme des quinze ans. Le seuil irlandais, lui, vaut une fois dans la vie et pour tout ce que l’enfant reçoit à l’intérieur du même groupe. La stratégie française des donations répétées ne fonctionne pas en Irlande.
Ce qui en découle pour une famille
Trois observations ressortent de cette mise en regard.
Premièrement : l’horloge irlandaise est longue, et assez longue pour planifier. Cinq années pleines suffisent à ordonner des transmissions, à condition de commencer tôt, et de le faire pendant que le domicile français des parents est réellement transféré.
Deuxièmement : la France ne lâche jamais ce qui est situé en France, ni les enfants qui y vivent. Une famille partagée entre les deux pays doit compter chaque bien et chaque bénéficiaire, pas seulement le domicile des parents.
Troisièmement : l’abattement français se renouvelle, le seuil irlandais non. Ce qui se donne en France avant le départ, avec les abattements français et pendant que l’Irlande ne voit encore rien, ne se donne plus aux mêmes conditions une fois la sixième année irlandaise commencée.
Cette page ne remplace pas une planification successorale. Elle doit éviter que la question ne se pose qu’à la sixième année. Le début formel des années irlandaises, l’inscription auprès de Revenue et la première déclaration, se trouve dans l’enregistrement fiscal en tant que non-dom.
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