Travailler en Irlande : ce qui change avant même le contrat
Citoyen français, vous n’avez besoin d’aucun permis de travail en Irlande. Il vous faut en revanche un CV que les employeurs irlandais savent lire, des réponses à leurs questions d’entretien et un emploi déclaré avant l’arrivée du premier salaire.

Pour qui le connaît, le marché du travail irlandais est l’un des plus accessibles d’Europe. L’anglais est la langue de travail, beaucoup de groupes internationaux ont leur siège européen à Dublin ou à Cork, et le français y est une compétence recherchée. Ce qui freine pourtant les candidats venus de France, c’est rarement la qualification. Ce sont les codes. Le CV ne met pas en avant ce qu’attend le recruteur, l’entretien est mené comme une conversation alors que c’est un examen, et le premier salaire arrive amputé d’une retenue que personne n’a expliquée.
Cette page reprend ces trois points dans l’ordre et se termine par ce que la France veut savoir de votre départ. Ce qui reste du salaire brut, la page Salaire net en fait le calcul.
Travailler sans autorisation
Les citoyens de l’UE, de l’EEE et de la Suisse travaillent en Irlande sans permis de travail et sans titre de séjour. Pour un Français, cela découle de la libre circulation dans l’Union. Comment cela se passe en détail, et quand le système des stamps entre malgré tout dans une famille, par exemple avec un conjoint qui n’a pas de passeport européen, la page Droit de séjour et stamps l’explique.
Ce qu’il vous faut dès le premier jour de travail, c’est un numéro PPS. L’impôt sur le salaire, la sécurité sociale et toute prestation publique en dépendent. La demande se fait en ligne après l’arrivée, sur MyWelfare, et elle exige un justificatif de votre adresse irlandaise. Qui loge d’abord en auberge ou chez l’habitant sans bail à son nom bute précisément là-dessus ; un courrier de l’employeur peut alors aider. Les justificatifs acceptés par le ministère de la Protection sociale figurent sur gov.ie.
Le CV irlandais
Le CV irlandais est court, comme le CV français : deux pages au plus. Il commence par un bref profil et retrace le parcours à rebours, le poste le plus récent en tête. Une lettre de motivation est d’usage, mais courte : trois paragraphes qui disent pourquoi vous correspondez à ce poste précis.
Ce qui manque frappe d’abord les candidats français : ni photo, ni date de naissance, ni situation familiale, ni religion, ni enfants. Cela a une raison juridique. Les Employment Equality Acts interdisent la discrimination à l’embauche et dans l’emploi pour neuf motifs, parmi lesquels le sexe, la situation familiale, la parentalité, l’âge, la religion et l’origine. Un employeur qui ne voit jamais ces informations ne peut pas se voir reprocher d’avoir décidé en fonction d’elles. Elles ne sont pas interdites sur un CV ; elles sont simplement inhabituelles et font étranger.
La seconde différence tient au ton. Là où un CV français énumère volontiers des missions (« responsable de la relation client »), le CV irlandais veut des résultats : ce que vous avez obtenu, si possible chiffré. « Gestion de grands comptes » devient « grew key account revenue by 18 percent in two years ». À la place des justificatifs viennent les referees, deux anciens supérieurs que le nouvel employeur appelle. Prévenez-les à l’avance, et dites-leur qu’un appel en anglais peut arriver.
| Point | Usage en France | Usage en Irlande |
|---|---|---|
| Longueur | souvent une page, deux au plus | deux pages au plus |
| Photo, âge, situation familiale | photo fréquente, âge ou situation familiale parfois indiqués | omis |
| Contenu par poste | missions | résultats, chiffrés si possible |
| Justificatifs | diplômes, parfois lettres de recommandation | deux referees qui seront appelés |
Source : Citizens Information, Equality in the workplace (neuf motifs protégés, y compris à l’embauche) ; pour le reste, pratique courante des employeurs irlandais et des candidats français. Mise à jour : page modifiée le 31 juillet 2023, consultée le 6 novembre 2026.
L’entretien
Beaucoup d’employeurs irlandais, fonction publique comprise, mènent leurs entretiens par compétences. Les questions paraissent anodines : parlez-nous d’une situation où vous avez eu affaire à un client difficile. Parlez-nous d’un projet qui menaçait de dérailler. On attend chaque fois la même chose : un exemple réel, bien structuré, avec votre propre contribution au centre.
La structure qu’attendent les jurys s’appelle STAR : Situation (quel était le contexte ?), Task (quelle était votre mission ?), Action (qu’avez-vous fait ?), Result (qu’en est-il sorti ?). Le panel note souvent les réponses selon une grille fixe, et l’essentiel des points va à l’Action. Qui raconte librement s’enlise dans la situation ; qui s’est entraîné à STAR arrive au résultat en deux minutes.
Préparez avant l’entretien cinq ou six exemples couvrant des compétences différentes : travail d’équipe, conflit, initiative, une erreur et ce que vous en avez appris, travail sous pression. Un entretien blanc en anglais avec quelqu’un qui vous fait un retour vaut mieux que toutes les listes. Et attendez-vous à ce que la dernière question soit pour vous : « Do you have any questions for us? » Une question intelligente sur l’équipe ou sur les quatre-vingt-dix premiers jours n’est pas de la politesse : elle fait partie de l’évaluation.
Cabinets de recrutement et LinkedIn
Une grande partie des postes ouverts aux francophones passe en Irlande par des cabinets de recrutement. Les groupes internationaux qui montent des équipes de service client, de vente, de finance ou de technique pour le marché francophone mandatent des agences qui recherchent précisément des compétences linguistiques. L’agence est en général payée par l’employeur qui la mandate.
La seconde scène est LinkedIn. Les recruteurs irlandais y chassent activement, et un profil rédigé en anglais, qui affiche vos langues et indique l’Irlande comme lieu souhaité, est trouvé. Le profil et le CV doivent raconter la même histoire, avec les mêmes chiffres.
Pour un poste passé par une agence, comptez avec une procédure en deux temps : d’abord un échange avec le recruteur, qui vérifie votre niveau de langue, souvent aussi en français, puis le véritable entretien dans l’entreprise. Gardez la main sur vos contacts et notez quelle agence vous a présenté à quelle entreprise ; deux agences qui envoient le même CV au même employeur, cela fait mauvais effet.
Le premier salaire
Avant que votre employeur puisse calculer correctement le premier salaire, il lui faut de Revenue une Revenue Payroll Notification, ou RPN : l’avis qui indique quels crédits d’impôt et quelles tranches s’appliquent à vous. La RPN n’existe qu’une fois votre emploi déclaré à Revenue. Sans elle, l’employeur applique l’emergency tax, l’imposition d’urgence : sans aucun crédit d’impôt, au taux d’USC le plus élevé et, au bout de quatre semaines, entièrement au taux supérieur.
La solution prend quelques minutes. Pour votre premier emploi en Irlande, vous le déclarez vous-même dans Revenue myAccount, rubrique Jobs and Pensions, avec votre numéro PPS et le numéro d’immatriculation de votre employeur. Revenue envoie ensuite la RPN à l’employeur, et le trop-prélevé vous revient sur les paies suivantes.
| Situation | Retenue |
|---|---|
| Pas de numéro PPS chez l’employeur | impôt sur le revenu de 40 % sur la totalité, aucun crédit d’impôt, USC de 8 % |
| Numéro PPS fourni, emploi pas encore déclaré à Revenue, semaines 1 à 4 | 20 % jusqu’à 846,16 euros par semaine, 40 % au-delà, aucun crédit d’impôt, USC de 8 % |
| Même situation à partir de la semaine 5 | impôt sur le revenu de 40 % sur la totalité, USC de 8 % |
| Emploi déclaré, RPN reçue | paie normale avec vos crédits d’impôt |
Source : Revenue, Emergency tax rules (publié le 24 février 2026) et Emergency basis (9 janvier 2026) ; tranche hebdomadaire 2026 = 44 000 euros divisés par 52 ; Citizens Information, Minimum wage (page modifiée le 9 octobre 2026). Mise à jour : consulté le 6 novembre 2026.
Le salaire minimum est en 2026 de 14,15 euros de l’heure pour les salariés de vingt ans et plus ; pour 2027, une hausse à 14,94 euros est annoncée, qui doit encore faire l’objet d’un règlement. Comment l’impôt sur le revenu, l’USC et la PRSI s’articulent, la page Impôt sur le revenu, USC et PRSI le détaille. Si vous êtes locataire, le Rent Tax Credit vous rend en fin d’année une partie du loyer, lui aussi dans myAccount.
Côté France
En travaillant en Irlande, vous changez aussi de système de sécurité sociale. La coordination européenne, le règlement (CE) n° 883/2004, rattache chaque actif à l’État dans lequel il travaille. Dès votre premier jour de travail en Irlande, vous cotisez donc à la PRSI, et votre couverture maladie française prend fin avec ce changement, pas avec le déménagement en lui-même. Ce que cela signifie pour les retraités et pour les familles sans activité, la page Assurance maladie au départ l’explique.
- Retraite. Vos trimestres en France vous restent acquis. Les périodes accomplies dans les deux pays s’additionnent pour ouvrir les droits, et chaque État dans lequel vous avez cotisé vous verse, le moment venu, la part de retraite qui lui incombe.
- Chômage. Qui part d’une période de chômage pour chercher un emploi en Irlande peut garder son allocation d’aide au retour à l’emploi pendant trois mois au plus, dans la limite de ses droits restants. Il faut avoir été inscrit et disponible auprès de France Travail pendant au moins quatre semaines avant le départ, demander le document portable U2 et s’inscrire auprès du service de l’emploi irlandais dans les sept jours. Cela se règle avec France Travail avant de partir.
- Impôts. Vous signalez votre nouvelle adresse à votre centre des finances publiques. Au printemps suivant, vous déclarez encore en France les revenus perçus du 1er janvier à la date du départ, et chaque compte détenu à l’étranger se déclare sur le formulaire 3916 joint à la déclaration.
Côté irlandais, en vous installant et en travaillant en Irlande, vous y devenez en règle générale résident fiscal. L’année du changement, le split-year treatment vous aide ; la page L’année d’arrivée l’explique. Comment la France et l’Irlande se répartissent ensuite l’imposition, c’est l’objet de la convention fiscale franco-irlandaise.
Dans quel ordre
Avant le départ : le CV irlandais, le profil LinkedIn, les referees et cinq exemples STAR répétés. Dans les premières semaines : l’adresse, le numéro PPS, un compte bancaire avec IBAN irlandais pour le salaire et, dès le contrat signé, l’emploi déclaré dans Revenue myAccount. À la fin de la première année : les crédits d’impôt auxquels vous avez droit.
Si vous voulez vous installer à votre compte plutôt que comme salarié, lisez d’abord Indépendant en Irlande : l’impôt et la sécurité sociale y suivent d’autres règles.
CV, lettres de motivation, entretien blanc et vue d’ensemble du marché et des salaires, vous les obtenez à prix fixe dans le Forfait recherche d’emploi Irlande, 2 000 €.
Demandez à quelqu’un qui vit et travaille là-bas
Marc s’est installé en Irlande avec sa femme et leurs cinq enfants, et il y vit. Pendant l’entretien, il passe en revue avec vous votre CV, votre secteur et vos premières semaines.
La consultation se déroule en anglais.